Le cannabis entre dans les vestiaires : un tournant dans la gestion de la douleur ?

Alors que le débat autour de la légalisation du cannabis continue de faire rage, une nouvelle étude attire l’attention sur un groupe inattendu : les athlètes universitaires. Présentée lors du congrès annuel de l’Académie américaine des chirurgiens orthopédistes (AAOS), cette recherche suggère que la marijuana pourrait être bénéfique pour soulager la douleur chez les étudiants sportifs de la NCAA, la plus haute instance du sport universitaire aux États-Unis.

Dans un environnement longtemps dominé par les médicaments traditionnels et des politiques strictes en matière de substances, l’idée que le cannabis puisse devenir une alternative crédible gagne en légitimité scientifique. Ces résultats pourraient marquer un tournant dans la manière dont on envisage le traitement de la douleur et la récupération physique dans le sport — d’autant plus dans un contexte de crise des opioïdes et d’attention croissante portée à la santé mentale.

Une étude qui met en lumière des effets multiples : douleur, sommeil, anxiété

Les chercheurs ont interrogé plus de 1 000 athlètes, anciens ou actuels, évoluant dans les programmes de la NCAA. Plus de 40 % d’entre eux ont déclaré avoir déjà consommé du cannabis, beaucoup soulignant ses effets bénéfiques pour traiter des douleurs musculosquelettiques — fréquentes chez les sportifs soumis à un entraînement intensif et à des blessures régulières.

Mais au-delà de la douleur physique, les participants ont également rapporté une amélioration de la qualité du sommeil et une réduction de l’anxiété — deux facteurs cruciaux pour la récupération et la performance.

« Il ne s’agit pas de planer », explique le Dr Michael R. Karns, auteur principal de l’étude. « Il s’agit d’améliorer la qualité de vie et d’aider le corps à récupérer. »

Une réglementation en décalage avec les données scientifiques

Actuellement, la NCAA considère toujours le cannabis comme une substance interdite, conformément à la réglementation fédérale. Les athlètes testés positifs risquent des sanctions, y compris des suspensions ou disqualifications, même dans les États où la consommation est légale à des fins médicales ou récréatives.

Mais le contexte évolue rapidement. Avec de plus en plus d’États qui légalisent le cannabis, et certaines ligues professionnelles — comme la NBA ou la MLB — qui assouplissent leurs règles, la pression monte sur la NCAA pour qu’elle revoie sa position. Cette nouvelle étude pourrait renforcer cet appel au changement.

Les auteurs estiment que les règles actuelles ne reflètent plus l’état de la recherche ni la réalité vécue par les athlètes. Et ce décalage pourrait, selon eux, nuire à la santé des sportifs.

Une alternative plus sûre face aux opioïdes ?

Les implications de cette étude vont bien au-delà du sport universitaire. Le cannabis pourrait représenter une alternative moins risquée que les opioïdes, encore largement prescrits pour traiter les blessures sportives.

Contrairement aux opioïdes, le cannabis présente un risque bien moindre de dépendance et de surdose. Les athlètes interrogés ont signalé peu d’effets secondaires et aucune baisse de performance. Des résultats encourageants qui font du cannabis un candidat crédible pour une utilisation à long terme.

Si des recherches cliniques supplémentaires restent nécessaires, les experts s’accordent à dire que les données actuelles sont prometteuses. « Si le cannabis peut remplacer ne serait-ce qu’une partie des prescriptions d’opioïdes, en particulier chez de jeunes adultes en bonne santé, ce serait une avancée majeure en santé publique », affirme le Dr Karns.

Vers une évolution des politiques sportives ?

À mesure que les frontières entre médecine, santé mentale et performance sportive s’estompent, de nombreux chercheurs estiment qu’il est temps pour les instances dirigeantes, comme la NCAA, de mettre leurs règles à jour. Près de la moitié des athlètes interrogés consomment déjà du cannabis — souvent en dépit de la réglementation actuelle — ce qui révèle une fracture entre les pratiques réelles et les politiques en vigueur.

Aujourd’hui encore, le cannabis reste interdit dans le sport universitaire. Mais au vu de l’évolution des données scientifiques et de l’opinion publique, la question n’est plus de savoir si le cannabis a sa place dans la prise en charge des athlètes, mais quand les institutions s’adapteront.

D’autres études révèlent l’impact plus large du cannabis

Ce n’est pas la première fois que la recherche sur le cannabis remet en question des idées reçues. Une étude récente sur les habitudes de conduite a montré que, si les consommateurs de cannabis adoptent parfois des comportements différents au volant, leur conduite est bien plus nuancée que ce que les stéréotypes laissent entendre. Une autre étude sur les modes de vie remet en cause le cliché du « fumeur paresseux », en révélant que les consommateurs de cannabis sont souvent plus actifs physiquement — bien qu’ils aient également tendance à consommer davantage d’alcool et de tabac. Ensemble, ces recherches dressent un portrait plus complexe et nuancé de l’usage du cannabis, appelant à des politiques fondées sur des données scientifiques plutôt que sur des stéréotypes dépassés.

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