Home » Cannabinoïdes et Alzheimer : Comment le Cannabis pourrait aider le Cerveau
Cannabinoïdes Alzheimer

Cannabinoïdes et Alzheimer : Comment le Cannabis pourrait aider le Cerveau

Les cannabinoïdes et la maladie d’Alzheimer sont au cœur d’une revue scientifique qui fait le point sur une piste de recherche encore jeune. Des chercheurs de l’Université de l’État-Libre (Afrique du Sud) ont publié dans Frontiers in Pharmacology une synthèse détaillant comment les composés du Cannabis sativa agissent, en laboratoire, sur les mécanismes qui abîment le cerveau. Il s’agit de pistes biologiques, pas d’un traitement.

Une étude de laboratoire toute récente, publiée fin juillet 2026, ajoute une pièce au puzzle. Les chimistes israéliens Asif Shitrit, Ali Khattib et Soliman Khatib ont testé des extraits entiers de fleurs de cannabis contre trois enzymes liées à la maladie, et publié leurs résultats dans le Journal of Cannabis Research. Plusieurs extraits ont freiné l’une de ces enzymes environ quatre fois plus fortement que la galantamine, un médicament autorisé contre Alzheimer. Mais tout s’est passé en tube à essai et sur des cellules de rat, jamais chez l’être humain.

L’essentiel sur les cannabinoïdes et Alzheimer

En laboratoire, les cannabinoïdes agissent sur plusieurs problèmes qui se cumulent dans le cerveau des malades : l’inflammation, les dégâts oxydatifs, l’accumulation de protéines toxiques et le système de nettoyage interne des cellules, l’autophagie. L’essentiel de ces données vient de cultures cellulaires et de souris. La nouvelle étude israélienne va dans le même sens : quatre extraits issus de chémovars différents ont inhibé l’acétylcholinestérase, la butyrylcholinestérase et la bêta-sécrétase (BACE1), et les fractions les plus actives étaient riches en formes acides des cannabinoïdes, le CBDA et le CBGA, plutôt qu’en THC et en CBD. Le signal humain le plus solide reste un petit essai brésilien : une très faible dose quotidienne de THC et de CBD a été associée à de meilleurs scores à un test standard de mémoire et de raisonnement après 26 semaines, et 28 patients l’ont mené à terme. C’est encourageant, mais c’est un seul petit essai. Aucun cannabinoïde n’a montré chez l’humain qu’il ralentit la maladie, et aucun n’est autorisé pour la traiter.

Pourquoi les traitements actuels contre Alzheimer ne suffisent plus

La maladie d’Alzheimer reste la principale cause de démence dans le monde. Des protéines toxiques (bêta-amyloïde et protéine tau) s’accumulent dans le cerveau et finissent par tuer les cellules nerveuses. Résultat : une perte progressive de la mémoire, du raisonnement et de l’autonomie. En France, Alzheimer et les maladies apparentées touchent environ un million de personnes, avec quelque 225 000 nouveaux diagnostics par an.

Pendant longtemps, la médecine n’a disposé que de deux types de médicaments : les inhibiteurs de l’acétylcholinestérase (donépézil, galantamine, rivastigmine) et la mémantine. Ils offrent un soulagement temporaire des symptômes mais n’arrêtent pas la maladie. En France, leur intérêt a été jugé si faible qu’ils ne sont plus remboursés depuis le 1er août 2018. Les auteurs de la nouvelle étude du Journal of Cannabis Research font le même constat : les traitements actuels soulagent sans stopper la maladie et provoquent souvent des effets indésirables.

Face aux échecs répétés des essais cliniques ciblant uniquement les plaques amyloïdes, les scientifiques explorent d’autres voies, dont les cannabinoïdes.

Comment le CBD et le THC agissent sur le cerveau

La plante Cannabis sativa contient plus de 100 composés actifs, mais le THC (tétrahydrocannabinol) et le CBD (cannabidiol) sont les plus étudiés. Bien qu’ils partagent la même formule chimique, leur structure diffère, tout comme leur mode d’action. Le THC, connu pour ses effets psychoactifs, se lie directement aux récepteurs CB1 du cerveau. Le CBD, non enivrant, agit par d’autres voies. Notre guide scientifique du CBD détaille ces différences.

Dans les modèles de laboratoire et chez l’animal, leur action conjointe permet de :

  • Réduire l’inflammation cérébrale (neuroinflammation).
  • Diminuer le stress oxydatif (les dégâts causés par les radicaux libres).
  • Restaurer la fonction des mitochondries (les centrales énergétiques des cellules).
  • Éliminer les protéines toxiques.

L’autophagie : le système d’auto-nettoyage du cerveau

Le mécanisme clé mis en avant par la revue est l’autophagie. Imaginez que vos cellules possèdent un service interne de gestion des déchets. Ce système collecte les protéines endommagées et les vieux organites, les emballe dans un sac spécial (l’autophagosome) et les envoie au recyclage. Chez les patients atteints d’Alzheimer, ce système est en panne. Les « déchets » ne sont plus évacués et s’accumulent, formant les fameuses plaques amyloïdes.

Les études de laboratoire montrent que les cannabinoïdes peuvent relancer l’autophagie. Le CBD, en particulier, agit via la voie PI3K/Akt/mTOR. En bloquant la protéine mTOR, qui freine le nettoyage, il relance le processus d’élimination. Ces effets ont été observés sur des cellules et chez l’animal, pas dans un cerveau humain.

Extraits de cannabis et enzymes d’Alzheimer : ce qu’ajoute la nouvelle étude

L’autophagie, c’est le ménage. L’étude israélienne s’intéresse à autre chose : les enzymes qui alimentent la maladie. On peut les voir comme trois paires de ciseaux. Deux d’entre elles, l’acétylcholinestérase (AChE) et la butyrylcholinestérase (BChE), découpent l’acétylcholine, un messager chimique dont le cerveau a besoin pour apprendre et se souvenir. Les bloquer laisse davantage de messager disponible, exactement comme le font le donépézil et la galantamine. La BChE compte de plus en plus à mesure que la maladie avance, car son activité se maintient, voire augmente, quand celle de l’AChE baisse. La troisième paire de ciseaux, BACE1, fait la première coupe dans une grande protéine qui finit par donner la bêta-amyloïde, le matériau des plaques.

L’équipe a utilisé les fleurs de quatre chémovars, notés C1 à C4, chauffé la poudre à 100 °C pendant une heure pour convertir en partie les cannabinoïdes acides en formes neutres, puis extrait le tout à l’éthanol. C1, C3 et C4 contenaient du THC et du CBD en quantités voisines, avec un rapport THC/CBD d’environ 0,8 à 1,3. C2 était une plante dominée par le CBD, avec un rapport d’environ 0,05. C3 et C4 renfermaient aussi du CBGA et du CBNA, absents des deux autres.

Les quatre extraits ont inhibé l’AChE à un niveau comparable à la galantamine. La vraie différence est apparue sur la BChE. La puissance se mesure par la CI50, la concentration qui réduit de moitié l’activité d’une enzyme : plus le chiffre est bas, plus l’effet est fort. Les extraits C2, C3 et C4 l’ont atteinte à 9,9, 7,19 et 9,06 microgrammes par millilitre, contre 35,93 pour la galantamine. C1, à 35,81, n’a pas fait mieux que le médicament. Les quatre extraits ont également inhibé BACE1, ce que les auteurs présentent comme l’une des premières observations de ce type pour des extraits de cannabis : de 7,9 à 21,3 % à 10 microgrammes par millilitre, de 26,6 à 51 % à 25 et de 47,9 à 65,3 % à 50.

Quand l’extrait C3 a été séparé en six fractions, les plus actives n’étaient pas celles riches en THC et en CBD. À 1 microgramme par millilitre, les fractions f1 à f4 ont réduit l’activité de l’AChE d’environ 40 %, comme la galantamine, tandis que f5 et f6, qui contenaient du CBDA et du CBGA, l’ont réduite de 85 %. Contre la BChE, f1, f2 et f5 ont atteint la moitié d’inhibition à environ 1,4, 3,5 et 2,5 microgrammes par millilitre, contre 7,2 pour l’extrait C3 entier. Seules f5 et f6 ont divisé par deux environ l’activité de BACE1 à 25 microgrammes par millilitre. Ces résultats rejoignent des travaux italiens antérieurs, dans lesquels le CBDA et le CBGA inhibaient les trois mêmes enzymes et atténuaient chez la souris les troubles de mémoire provoqués par la bêta-amyloïde.

L’extrait C3 a aussi aidé des cellules PC12 de rat, un modèle courant de neurone, à mieux résister à la bêta-amyloïde et au peroxyde d’hydrogène, avec la meilleure protection à 10 microgrammes par millilitre. La fraction f5 a elle aussi amélioré la survie, mais sans effet statistiquement significatif. Un détail retient l’attention : les cellules PC12 n’ont en général pas de récepteurs CB1 et CB2, la protection n’est donc pas passée par les points d’ancrage classiques des cannabinoïdes. Chaque expérience est détaillée dans notre compte rendu complet de l’étude sur l’extrait de cannabis.

Ce que l’étude sur les enzymes ne permet pas de dire

« Quatre fois plus fort que la galantamine » mérite un astérisque. La galantamine est une molécule pure ; chaque extrait est un mélange de dizaines de substances, comparé au poids total. Les auteurs ont utilisé des gammes de concentration différentes selon les tests, si bien que les trois cibles ne peuvent pas être classées entre elles. Les estimations pour BACE1 reposent sur trois points de mesure seulement, et l’équipe appelle elle-même à la prudence. Le CBDA et le CBGA purs n’ont pas été testés : leur rôle est une déduction tirée de la composition, pas une démonstration. On ignore encore si ces composés atteignent le cerveau, comment l’organisme les transforme et comment des extraits contenant du THC interagiraient avec les nombreux médicaments des personnes âgées. Enfin, BACE1 est une cible ingrate : plusieurs molécules qui la bloquaient très bien en laboratoire ont échoué chez l’humain.

Ce que révèlent les expériences scientifiques

Pour situer ces résultats, il faut regarder toute la chaîne, du laboratoire aux essais chez l’humain :

Type d’expérienceComposé utiliséRésultats observés
In vitro (cellules)CBDRéduction des protéines toxiques, protection contre la mort cellulaire induite par l’amyloïde.
In vivo (souris)CBDMeilleure mémoire spatiale, baisse de l’inflammation, ralentissement des plaques amyloïdes.
In vitro (tests de laboratoire)THCBlocage de l’acétylcholinestérase, prévention de l’agrégation de l’amyloïde.
In vitro (enzymes, cellules de rat)Extraits de fleursInhibition de l’AChE, de la BChE et de BACE1 ; fractions riches en CBDA et CBGA les plus actives.
Clinique (humains)THC + CBDEssai de 2025 : meilleurs scores au test de mémoire que sous placebo après 26 semaines.

La synergie THC et CBD : un premier signal chez l’humain

Chez la souris, l’association THC et CBD s’est montrée plus efficace que chaque molécule prise isolément. Chez l’humain, on dispose pour l’instant d’un petit essai brésilien publié en 2025 dans le Journal of Alzheimer’s Disease. Des patients de 60 à 80 ans atteints de démence liée à Alzheimer ont reçu chaque jour de très faibles doses : 0,35 mg de THC et 0,245 mg de CBD.

Après 26 semaines, le groupe cannabis a obtenu des scores significativement plus élevés au Mini-Mental State Examination, un test standard de mémoire et de raisonnement, que le groupe placebo. Les effets indésirables n’étaient pas plus fréquents, mais les critères secondaires de l’essai n’ont pas bougé. La revue de Frontiers y voit la première preuve clinique solide pour les associations THC-CBD. Avec 28 patients allés au bout de l’essai, c’est un signal qui justifie des études plus larges, pas la preuve d’un traitement.

De plus, chez la souris, ce duo réduit les niveaux de glutamate dans l’hippocampe, la zone de la mémoire, et calme l’hyperactivité neuronale, souvent responsable de dommages cérébraux.

Au-delà du duo classique : le CBG et les cannabinoïdes acides

Les chercheurs s’intéressent aussi au cannabigérol (CBG), souvent appelé la « molécule mère » car sa forme acide, le CBGA, est le point de départ à partir duquel la plante fabrique le THC, le CBD et les autres cannabinoïdes. Notre article sur le CBG, l’étoile montante des cannabinoïdes présente ses autres pistes de recherche.

La nouvelle étude pointe dans la même direction : le CBGA, avec le CBDA, se trouvait dans les fractions qui freinaient le plus les enzymes d’Alzheimer. Or les cannabinoïdes acides se transforment en formes neutres sous l’effet de la chaleur. S’ils se révèlent importants, la piste concerne des préparations pharmaceutiques précises, pas la plante telle qu’on la connaît.

Avec plus de 500 composés bioactifs dans la plante, la formule la plus intéressante pourrait être une combinaison de plusieurs cannabinoïdes.

Cannabis et Alzheimer en France : trois régimes à ne pas confondre

En France, il faut séparer trois cadres. Le premier est pharmaceutique : un médicament à base de cannabinoïdes doit obtenir une autorisation de mise sur le marché auprès de l’ANSM, et aucun n’en a pour Alzheimer. Le deuxième est celui du cannabis médical : l’expérimentation lancée par l’ANSM en mars 2021 n’accepte plus de nouveaux patients depuis mars 2024, et le cadre pérenne en préparation reprend ses cinq indications, parmi lesquelles ne figurent ni Alzheimer ni les démences. Nous suivons ce dossier dans notre article sur le CBD et Alzheimer et ce qu’un essai de 2026 a vraiment démontré.

Le troisième régime concerne le CBD de consommation. Depuis l’arrêt Kanavape de la Cour de justice de l’UE et la décision du Conseil d’État du 29 décembre 2022, qui a annulé l’interdiction des fleurs prévue par l’arrêté du 30 décembre 2021, ces produits peuvent être vendus s’ils ne contiennent pas de THC au-delà des seuils légaux. Ils ne peuvent pas pour autant revendiquer d’effet thérapeutique. Enfin, l’article L3421-4 du Code de la santé publique interdit de présenter l’usage de stupéfiants sous un jour favorable : rien dans cet article ne doit être lu comme un encouragement à consommer du cannabis.

Perspectives d’avenir

Plusieurs études cliniques sont en cours pour affiner ces découvertes. Les scientifiques cherchent à déterminer :

  • Les ratios optimaux THC:CBD.
  • La sécurité sur le très long terme.
  • L’efficacité selon le stade de la maladie (débutant ou avancé).

Notre revue de 107 études sur le CBD en neurologie rappelle combien de résultats prometteurs en laboratoire, pour Alzheimer comme pour Parkinson, ne se sont pas encore traduits par un bénéfice clair pour les patients.

Conclusion de la rédaction : les cannabinoïdes ne sont pas une solution miracle. En laboratoire, ils agissent simultanément sur l’inflammation, les mitochondries, le nettoyage cellulaire et désormais les enzymes d’Alzheimer, ce qui en fait des pistes de recherche sérieuses. Il s’agit d’études sur des extraits standardisés et des doses précises ; fumer du cannabis n’est pas un traitement et comporte des risques.

Questions fréquentes

Le CBD peut-il guérir la maladie d’Alzheimer ?

Non. Aucun traitement ne guérit Alzheimer, et aucune étude chez l’humain n’a montré que le CBD ou un autre cannabinoïde ralentit la maladie. Les travaux sur cellules et sur animaux suggèrent que le CBD et le THC peuvent réduire l’inflammation, relancer le nettoyage cellulaire et freiner des enzymes liées à la maladie. Ce sont des raisons de poursuivre la recherche, pas des preuves d’efficacité.

Le CBD est-il bon contre Alzheimer chez les personnes âgées ?

On ne le sait pas. Le seul essai positif chez l’humain portait sur une association de très faibles doses, 0,35 mg de THC et 0,245 mg de CBD par jour, et non sur du CBD seul. Les effets indésirables n’y étaient pas plus fréquents que sous placebo, mais l’essai était petit. Le CBD peut interagir avec d’autres médicaments, ce qui compte beaucoup chez les personnes âgées.

En quoi les cannabinoïdes diffèrent-ils des médicaments contre Alzheimer ?

Le donépézil et la galantamine augmentent l’acétylcholine en bloquant une enzyme. En laboratoire, les cannabinoïdes semblent agir à plusieurs endroits à la fois : ils réduisent le stress oxydatif et l’inflammation, aident à éliminer les protéines toxiques par l’autophagie et, selon la nouvelle étude, freinent les deux cholinestérases ainsi que BACE1. Rien de cela n’a encore été confirmé chez les patients.

Le cannabis médical est-il autorisé en France pour la maladie d’Alzheimer ?

Non. Aucun médicament à base de cannabinoïdes n’a d’autorisation de mise sur le marché pour Alzheimer. L’expérimentation du cannabis médical menée par l’ANSM ne couvre pas cette maladie et n’accepte plus de nouveaux patients, et le futur cadre pérenne reprend les mêmes cinq indications. Les produits au CBD vendus en boutique n’ont pas le droit de revendiquer un effet contre Alzheimer.

Avertissement

Cet article résume des travaux de recherche précliniques et cliniques publiés, à des fins d’information uniquement. Il ne constitue ni un avis médical ni un conseil juridique, et ne recommande en aucun cas l’usage de cannabis, d’extraits de cannabis ou de produits à base de cannabinoïdes pour prévenir ou traiter la maladie d’Alzheimer ou toute autre affection. Les résultats sur les enzymes et les cellules proviennent d’expériences de laboratoire et n’ont pas été testés chez l’humain. Aucun cannabinoïde n’est autorisé comme traitement de la maladie d’Alzheimer. L’usage de stupéfiants est interdit en France, et sa présentation sous un jour favorable est proscrite par la loi. Toute question sur un traitement doit être posée à un médecin.

You may also like